Focus sur la formation doctorale

Publié le 19 janvier 2026

Entre valorisation et réorganisation, la formation doctorale au cœur de l'actualité universitaire.

prix de thèses
prix de thèses

Les Prix de thèse décernés en décembre dernier ont salué l’excellence des travaux menés, tandis que les écoles doctorales – suite à la dissolution de la COMUE et à la création de la Convention de Coordination Territoriale – vont désormais occuper une place de choix sur le site internet de l’université, facilitant l’accès aux informations pour l’ensemble de la communauté.

L’UPEC récompenses ses jeunes docteurs

Ce prix distingue chaque année, pour chacune de ses écoles doctorales, les meilleurs travaux des docteurs du site, présélectionnés parmi les diplômés de l'année précédente pour leur qualité, leur originalité et leur portée vis-à-vis de la société.

La cérémonie s'est déroulée le 4 décembre à la maison des Sciences et de l’Environnement. Toutes nos félicitations vont à :

 

Franceska Kovaci

ED Sciences de la Vie et de la Santé – UPEC kovaci

« Origine cellulaire de la déformation de la colonne vertébrale dans la neurofibromatose de type 1».
Cette thèse, effectuée au Laboratoire IMRB était encadrée par Céline Colnot (Inserm).

La Neurofibromatose de type 1 (NF1) touche 1 personne sur 3000 et provoque une grande variété de symptômes : taches café-au-lait, neurofibromes, anomalies osseuses… dont les déformations de la colonne vertébrale, souvent sévères et mal comprises.
Les déformations vertébrales dans la NF1 résultent de cellules osseuses mutées. Franceska Kovaci a identifié ces cellules et montré qu’une inhibition pharmacologique de la voie Ras peut prévenir ces anomalies.

Franceska Kovaci a rejoint, depuis décembre 2025, l’Université Paris Cité en tant que chercheuse postdoctorante, au sein de l’UMRS 1333 – Santé Orale.

Antoine Perron

ED École doctorale Ville, Transports et Territoires - UGE  antoine perron

« La machine contre le métier : les architectes et la critique de l'industrialisation du bâtiment (France, 1940-1980)».
Cette thèse était encadrée par Marie-Jeanne Dumont (École nationale supérieure d'architecture de Paris-Belleville)

Entre 1940 et 1980, l’industrialisation transforme profondément le secteur de la construction : mécanisation, standardisation, préfabrication, concentration des entreprises, nouvelles collaborations entre conception et production…
Mais comme dans d’autres domaines, ce mouvement marginalise des savoir-faire et bouscule des métiers jugés « archaïques ».
En France, au XXe siècle, les architectes ont considéré que leur rôle dans l’acte de bâtir était menacé par l’industrialisation. Ils ont donc développé un critique extrêmement riche de ce phénomène. Aux considérations strictement professionnelles se mêlaient des arguments esthétiques, techniques, sociaux, économiques et même environnementaux ou sanitaires. Cette thèse propose d’exhumer ces critiques qui, jusqu’alors, n’ont pas fait l’objet d’une étude historique approfondie. L’objectif de cette démarche est triple. Tout d’abord, elle vise à remettre en question les récits dominants faisant des « Trente glorieuses » une période de concorde et d’insouciance marquée par un zeitgeist productiviste. Ensuite, en élaborant une généalogie de la critique de l’industrialisation du bâtiment, elle cherche à mieux comprendre ses racines idéologiques, ses méthodes de persuasion, ses contre-projets, mais aussi ses limites et ses impasses théoriques. Enfin, elle permet de jeter les bases d’une histoire critique de l’industrialisation du bâtiment, histoire qui semble plus que jamais nécessaire à l’heure où les discours néo-industrialistes et techno-solutionnistes proposent à nouveau de résoudre les grands problèmes de l’Humanité par toujours plus de productivité.

Antoine Perron est désormais maître de conférences à l'École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Lille et enseignant à l'Ecole Spéciale d'architecture de Paris.

 
Mathis Petrovich

ED Mathématiques et Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication / École Nationale des Ponts et Chaussées  mathias petrovich

« Contrôle en langage naturel pour la synthèse de mouvements humains en 3D».
Cette thèse, effectuée au Laboratoire d’Informatique Gaspard-Monge était co-encadrée par Gül Varol et Michael J. Black.

Les mouvements humains 3D jouent un rôle clé dans divers domaines, tels que le cinéma, le secteur médical, la réalité augmentée, la réalité virtuelle et l’industrie du jeu vidéo. Toutefois, ces utilisations reposent souvent sur des données de capture de mouvement coûteuses et chronophages.
Cette thèse s’appuie sur l’utilisation des modèles génératifs (IA) pour produire des mouvements humains réalistes à partir d’une simple description en langage naturel. Une alternative prometteuse pour rendre l’animation 3D plus accessible, plus rapide et plus créative..

Mathis Petrovich a désormais rejoint NVIDIA en tant que chercheur scientifique.

Clara Berdot

ED Cultures et sociétés / UPEC  clara berdot

« Écritures du maître et du disciple chez Proust et Borges »
Cette thèse, effectuée au sein Laboratoire « Lettres, Idées, Savoirs » (EA 4395), était encadrée par Vincent FERRÉ (Sorbonne Nouvelle) et Magdalena CÁMPORA (UCA, USAL)

Cette recherche explore une question aussi ancienne que la littérature elle-même : qu’est-ce qu’un maître ? qu’est-ce qu’un disciple ?
À travers les œuvres de Marcel Proust et Jorge Luis Borges, cette thèse apporte trois contributions essentielles :

  • Comprendre la construction des « maîtres écrivains »
    Proust et Borges sont devenus, parfois tardivement et non sans controverses, des figures d’autorité littéraire. Leur statut de « maîtres » s’est construit à travers les discours des critiques, des lecteurs et du milieu littéraire, mais aussi à travers leurs propres discours « magistralisants », ce qui éclaire la façon dont une société fabrique ou conteste ses références culturelles.
  •  Explorer les relations maître-disciple dans leurs fictions
    Dans leurs œuvres, de nombreux personnages incarnent des formes variées d’apprentissage, de transmission et de pouvoir. À travers les interactions entre ces figures fictionnelles, la relation maître-disciple devient un laboratoire fictionnel du savoir, où se rejouent les tensions entre influence, affects, domination et émancipation.
  • Réinterroger le rôle du lecteur et les mécanismes de la fiction
    La dynamique maître-disciple éclaire aussi la relation fondamentale entre auteur, narrateur et lecteur. Proust et Borges jouent de cette analogie pour repenser ce que signifie lire, croire, interpréter un récit. Leur œuvre interroge ainsi la transformation du rôle du lecteur et l’évolution de la fiction moderne.

Cette recherche résonne fortement aujourd’hui, à l’heure où l’autorité, la connaissance, la légitimité et la valeur de la nuance sont fortement questionnées.

Clara Berdot est docteure en littérature comparée et enseignante, spécialisée en littérature du XXe siècle dans les aires culturelles francophones et hispanophones (en particulier la France et l’Argentine, 1870-1970) et en littérature générale (auctorialité, canon littéraire, métafiction). Elle prépare actuellement l’agrégation de Lettres modernes à l’Université Paris-Est Créteil et à Sorbonne Université.

 
Maxime Pierre

ED / École nationale des ponts et chaussées  maxime pierre

« Modélisation numérique du comportement des matériaux cimentaires depuis le jeune âge jusqu'à l'état durci : Application au contrôle de l'impression 3D de béton »
Cette thèse a été réalisée au Laboratoire Navier au sein de l’équipe Géotechnique sous la direction de Siavash Ghabezloo, Patrick Dangla, Matthieu Vandamme, Romain Mesnil et Jean-François Caron

Ces travaux de recherche nous immergent dans une technologie susceptible de transformer en profondeur le monde de la construction : l’impression 3D béton.
Ce domaine en plein essor soulève encore des questions fondamentales, notamment sur les phénomènes qui se produisent dans le matériau durant les toutes premières minutes et la première heure, c’est-à-dire pendant la phase d’impression.
Sans coffrage, le béton frais doit supporter son propre poids dès les premières secondes, tout en faisant face à des risques accrus de fissuration et d’hétérogénéités.
Pour permettre à cette technologie de passer du laboratoire à une adoption industrielle robuste, cette thèse a eu un objectif clair : développer un outil numérique capable d’évaluer la faisabilité, la stabilité et la durabilité des pièces imprimées en béton.
L’objectif étant de rendre l’impression 3D béton plus fiable, plus durable, plus prédictible et donc plus attractive pour l’industrie.

Maxime PIERRE est depuis juillet 2025 responsable académique du département de formation en "Génie Mécanique et Matériaux" de l'École nationale des ponts et chaussées et chercheur au sein du Laboratoire Navier dans l’équipe géotechnique. Ses thématiques de recherche tournent autour des couplages multi-physiques en mécanique des matériaux, notamment pour les matériaux cimentaires et les géomatériaux, et du développement d'outils de simulation numérique.

Emile Provendier

ED  Organisations, Marchés, Institutions – Université Gustave Eiffel  provendier

 « Le gouvernement numérique de la foule, Enquête sur les technologies de quantification de la foule en démocratie ».
Cette thèse, effectuée au Laboratoire Interdisciplinaire Science, Innovation, Société (LISIS), était encadrée par Sylvain Parasie (Medialab) et Jean-Philippe Cointet (Medialab).


Depuis la fin du XIXᵉ siècle, la foule est devenue un objet d’étude pour les sciences sociales. Longtemps influencées par les théories de Gustave Le Bon, ces analyses mettaient surtout l’accent sur l’irrationalité et l’émotion collective. Avec l’arrivée des technologies numériques dans les années 1990, la manière de comprendre et d’observer les foules change profondément. De nouveaux outils – capteurs, algorithmes, modèles – promettent une approche plus « neutre » et plus précise. Ils attirent aussi fortement l’attention des gouvernements, qui y voient un moyen de surveiller et de gérer les mouvements de population.
Mais cette nouvelle quantification de la foule soulève de nouvelles questions. D’un côté, elle nourrit des inquiétudes idéologiques autour de la surveillance de masse. De l’autre, elle pose des enjeux juridiques concernant la protection des données personnelles et la souveraineté numérique des citoyens. Dès lors, une question centrale apparaît : dans quelles conditions ces nouvelles sciences de la foule peuvent-elles être réellement démocratiques ?
Pour y répondre, la thèse mobilise trois enquêtes complémentaires :

  • Une analyse scientométrique pour comprendre comment s’est construite la connaissance scientifique sur la foule depuis les années 1950. Cela révèle l’influence des gouvernements, qui soutiennent certaines approches (comme la surveillance ou la gestion des flux) plutôt que d’autres.
  • ​Une analyse de la controverse sur le comptage des manifestants en France. L’étude montre que, même lorsque les mesures se présentent comme « objectives », elles produisent leurs propres normes, doivent se légitimer publiquement et influencent la manière dont le phénomène est compris.
  • ​Une ethnographie au sein d'un parc dans la ville d'Amsterdam où la municipalité tente de développer un système de comptage "éthique", c'est à dire transparent et respectueux des données personnelles des citoyens.

Ces terrains révèlent qu’une nouvelle science de la foule se développe aujourd’hui, dominée par l’informatique et la physique, et portée par un marché international des technologies de comptage. Bien qu’elles se présentent comme objectives et apolitiques, ces sciences sont façonnées par des choix politiques et contestées par les citoyens. En parallèle, émergent des initiatives qui tentent d’articuler surveillance, transparence et respect des droits fondamentaux.
Cette thèse montre que pour que la quantification de la foule soit véritablement démocratique, la technique et le social doivent être pensés ensemble. Il s’agit notamment d’instaurer un regard public et critique sur les outils de mesure, afin d’éviter que la foule ne devienne un simple objet de contrôle technologique.


Emile Provendier a rejoint Huma-Num Lab au début d’année 2025 pour travailler sur la question des usages des plateformes numériques et des algorithmes d’intelligence artificielle dans la recherche en SHS.

 
Pille-Riin Aja

ED Ville, Transports et Territoires / Ecole nationale des Ponts et Chaussées  PIIL
« Sur les angles morts des politiques d'efficacité énergétique : le cas des outils informationnels et incitatifs »

Cette thèse effectuée au sein du Laboratoire Cired était encadrée par Louis-Gaëtan Giraudet(ENPC) et Sébastien Houde (Université de Lausanne)

Comment rendre les politiques d’efficacité énergétique réellement efficaces
Alors que la demande mondiale d’énergie continue de croître, l’efficacité énergétique reste l’un des leviers les plus puissants pour réduire les consommations et les émissions. Pourtant, même lorsque des politiques existent, leur impact reste souvent limité : manque d’information fiable, application insuffisante, incitations mal conçues…

Cette thèse analyse ces faiblesses dans deux contextes clés :

  • la France, où la demande reste élevée ;
  • plusieurs pays africains, en forte croissance énergétique.

Dans tous les contextes, un constat s’impose : les politiques d’efficacité énergétique n’atteignent leur plein potentiel que si leurs mécanismes d’application, de contrôle et d’incitation sont véritablement solides.

À la croisée de l’économie et des politiques publiques, cette recherche contribue à repenser l’efficacité des politiques d’énergie et à ouvrir des pistes pour un meilleur accompagnement des citoyens et des territoires.


Photos : KD Photographe