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Hélène Béguin, docteure du Lab’Urba, distinguée pour sa thèse sur les foyers de travailleurs migrants

Publié le 9 janvier 2017

La thèse en urbanisme et aménagement d’Hélène Béguin "Héberger des migrants ou gérer des logements ? L’Aftam et ses « foyers d’Africains noirs »" (1962-2012) – vient d’être saluée par le prix de thèse Université Paris Est le 8 novembre 2016. Elle a été dirigée par Férial Drosso et Christine Lelévrier, chercheures au Lab’urba (école doctorale «ville, transports et territoires».

Date(s)

le 9 janvier 2017

Quel est votre parcours universitaire ?

Issue d’une formation initiale en sciences politiques, j’ai construit mon parcours universitaire et professionnel autour des questions d’habitat, de logement et de migrations. Après un master réalisé en codirection au sein de l’Institut d’Urbanisme de Paris (IUP) et de l’Institut National des Etudes Démographiques, j’ai souhaité approfondir mon cursus dans le champ des études urbaines par un doctorat en urbanisme et aménagement, toujours à l’IUP. J’ai consacré divers travaux de recherche aux trajectoires résidentielles de populations immigrées, aux modes d’habitat non ordinaires (hébergement chez des tiers, foyer de travailleurs migrants, résidences sociales) et aux politiques sociales du logement. De plus, souhaitant ancrer mes questions de recherche dans une pratique opérationnelle, j’ai occupé différents postes dans le secteur des politiques de l’habitat social et de la ville.

Quelles sont les grandes lignes de votre thèse ?

J’ai soutenu le 13 février 2015 une thèse portant sur les foyers de travailleurs migrants, établissements construits principalement au cours des années 1960 et 1970 pour héberger des hommes immigrés originaires des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne.

Ma thèse prend pour point de départ les transformations contemporaines de ces foyers : depuis le milieu des années 1990, ils sont progressivement réhabilités dans le cadre d’un plan de traitement national et transformés en résidences sociales, dispositif de logement d’insertion destiné aux personnes défavorisées, immigrées ou non.

Au cœur de ces transformations qui visent à banaliser les foyers, à y introduire une mixité de population et à individualiser l’habitat, un objet cristallise les tensions : le « foyer africain » et ses modes de fonctionnement collectifs communautaires (existence de cuisines collectives, de salles de prière, d’activités commerciales et artisanales informelles…).

Pour analyser ces transformations et ces tensions, j’ai choisi de centrer ma recherche sur une association gestionnaire historiquement spécialisée dans l’hébergement des migrants africains : l’Aftam (Association pour la Formation des Travailleurs Africains et Malgaches), (rebaptisée Coallia en 2012).

L’objet de ma thèse consiste donc à analyser ce qui se joue dans la transformation des foyers à travers le prisme de l’Aftam.

Quels enjeux  votre thèse souligne-t-elle ?

En axant la focale sur les foyers de travailleurs migrants, mon travail interroge plus largement la gestion politique des migrants isolés et le traitement du fait communautaire par l'action publique dans le contexte français, marqué par un modèle républicain et universaliste de l’Etat-nation. Et mon travail montre que les pratiques des acteurs chargés de mettre en œuvre les politiques nationales, en interaction avec les publics concernés, peuvent donner lieu à des modes de gestion communautaires malgré un système politico-institutionnel français supposé aveugle à la différence et aux communautés locales.

Plus concrètement, la mise en œuvre du Plan de traitement des foyers au sein de l’Aftam donne à voir les contradictions et les hésitations de l’action publique face aux modes de vie communautaires et aux pratiques culturelles spécifiques, en particulier religieuses, des migrants. Les tensions entre résidents et acteurs institutionnels observées autour du devenir des espaces collectifs, dans lesquels s'exercent les pratiques communautaires, sont emblématiques : la transformation des foyers autorise le maintien de certaines pratiques tout en opérant une invisibilisation des spécificités culturelles ou religieuses. Par exemple, les salles de prière deviennent des «  salles polyvalentes » qui, au nom de la laïcité, ne sont pas réservées au culte mais peuvent accueillir des activités cultuelles.

Pourquoi, selon vous, cette thèse a-t-elle été récompensée ?

L’intérêt porté par le jury à ma thèse est certainement lié au fait que ma recherche apporte un éclairage original sur des questions qui traversent le débat public contemporain, et auxquelles sont particulièrement confrontés les acteurs des politiques urbaines et de l'habitat : l'immigration, la diversité ethnique, la laïcité.

Tandis que ces enjeux deviennent cruciaux dans les débats politiques qui animent notre pays et font l’objet de discours idéologiques souvent simplificateurs, mon travail souligne la complexité des processus en cours tout en rappelant leur historicité.

Si ma thèse a été récompensée, c’est peut-être également par la diversité des méthodes de recherche en sciences sociales mobilisées (travail sur archives, entretiens compréhensifs, observation participante) et par l’originalité du terrain choisi à travers l’association Aftam. Cet acteur n’avait jusqu’alors fait l’objet d’aucun travail de recherche approfondi. Ma thèse apporte donc de nouveaux éléments à la connaissance sociologique et historique des foyers de travailleurs migrants tout en ouvrant des pistes pour de futures recherches.

Que diriez-vous par rapport à l’encadrement de thèse dont vous avez bénéficié ?

J’ai eu la chance de bénéficier d’excellentes conditions pour réaliser ma thèse, tant sur le plan matériel que sur le plan scientifique.

J’ai d’abord obtenu une allocation de recherche de l’université pour les trois premières années de mon doctorat, puis j’ai terminé ma thèse en travaillant parallèlement dans le secteur de l’hébergement sur lequel portaient mes recherches.

Quant à l’encadrement scientifique, j’ai eu la possibilité d’échanger avec les différents membres de mon laboratoire, mais aussi de rencontrer très régulièrement mes directrices de thèse. Leurs relectures critiques m’ont guidée à tous les moments de la réalisation de ma thèse. Et parce que la thèse est aussi une aventure humaine, je dois souligner que j’ai toujours été soutenue moralement par mes directrices dans les moments de doute sur mon travail. La confiance qu’elles m’ont témoignée et leur intérêt pour mon travail ont toujours constitué des moteurs pour moi.

Quels développements ultérieurs envisagez-vous pour ces travaux de recherche ?

Aujourd’hui j’aimerais tout d’abord ouvrir de nouveaux chantiers d’écriture pour transformer des textes de communications en articles de revue. A moyen terme, je compte également suivre les recommandations de mon jury en ce qui concerne la publication d’un ouvrage tiré de ma thèse.

De plus, il me tient à cœur de développer de nouvelles collaborations avec des chercheurs travaillant sur les foyers dans le but de « désenclaver » cet objet et de donner de la visibilité aux travaux qui s’y intéressent. C’est dans cette optique que nous avons mis en place, avec deux autres jeunes chercheuses, un atelier de recherche sur les foyers au sein de l’Institut des Mondes Africains. Nous avons également construit un projet de recherche collectif qui nous permettrait de poursuivre et de confronter nos travaux, pour lequel nous recherchons des sources de financement.

Quelle est votre situation professionnelle actuelle ?

Je viens d’accoucher d’une petite fille, et reprendrai le travail en janvier 2017 en tant que chargée de mission dans le domaine sanitaire et social, dans le département des Hautes-Alpes où je réside. Et comme je l’ai fait jusqu’à présent, parallèlement à mes missions opérationnelles, je vais rester impliquée dans le milieu universitaire et de la recherche en tant que vacataire au sein du Pôle universitaire de Gap et en tant que membre de l’atelier de recherche sur les foyers au sein de l’IMAF.

Pour en savoir plus
Cette thèse a également été remarquée par le jury du prix de thèse sur l'habitat social organisé en 2016 par l'Union sociale pour l'habitat et la Caisse des Dépôts.