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De l’invention au développement de la preuve de concept avec la SATT IDF Innov : premier retour d’expérience avec le professeur Dulce Papy Garcia

Publié le 9 décembre 2013

L’équipe du professeur Dulce Papy Garcia a mis en lumière des molécules impliquées dans le processus neurodégénératif, et notamment dans la maladie d’Alzheimer. Ces travaux de recherches, ont fait l’objet d’une publication de demande de brevet et viennent d’être salués par le prix France Alzheimer. Rencontre avec Dulce Papy Garcia.

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le 9 décembre 2013

L’équipe du professeur Dulce Papy-Garcia a mis en lumière des molécules impliquées dans le processus neurodégénératif, et notamment dans la maladie d’Alzheimer. Ces travaux de recherche, conduits en collaboration entre le CRRET (EA 7149), Laboratoire Croissance Réparation et Régénération Tissulaires, l’équipe du Dr. Rita Raisman-Vozari (INSERM 975/CNRS 7225) de l’institut du Cerveau et de la Moëlle Epinière et l’équipe du Dr. Nadia Soussi-Yanicostas (UMR INSERM 1141) de l’Hôpital Robert Debré, ont fait l’objet d’une publication de demande de brevet.  Le projet innovant de l’équipe du professeur Papy-Garcia vient d’être salué par le prix France Alzheimer.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent vos recherches et votre invention ?

Parmi les domaines de recherche du laboratoire CRRET, mon équipe s’intéresse à une famille de molécules glycaniques : les glycosaminoglycannes (GAGs). Il s’agit de chaines de sucres de nature complexe. Ces molécules sont classiquement présentes dans les matrices extracellulaires et jouent des rôles essentiels dans la régulation de l’homéostasie tissulaire. Nous travaillons notamment pour comprendre les mécanismes par lesquels ces molécules sont impliquées dans des processus de régénération ou de dégénérescence tissulaire. Parmi ces GAGs, on trouve les héparanes sulfates (HS). Depuis quelques années nous avons identifié un vide dans la recherche concernant la compréhension des rôles de ces HS dans le cerveau et la curiosité scientifique nous a conduit à suivre l’actualité des recherches menées autours des maladies neurodégénératives.

En 2009, certaines recherches réalisées dans ce domaine m’ont alertée sur l’importance de nos propres résultats, suggérant l’implication des HS dans le processus neurodégénératif, notamment dans la maladie d’Alzheimer.

La confrontation de ces résultats à une analyse poussée de la littérature a conforté nos observations et permis d’émettre l’hypothèse que certains types d’HS pourraient être impliqués dans le processus physiopathologique de la maladie. La suite de nos travaux a alors montré que les HS cellulaires interagissent avec la protéine Tau, qui a un rôle central dans la maladie d’Alzheimer, et que deux enzymes impliquées dans la sulfatation de ces HS sont surexprimées dans le cerveau des malades. D’autres expériences conduites en collaboration avec l’équipe du Dr. Nadia Soussi-Yanicostas ont confirmé notre hypothèse, démontrant même sur un modèle animal, qu’une inhibition de l’expression d’une de ces enzymes pouvait non seulement stopper la progression de la pathologie mais aussi entraîner une amélioration des caractéristiques comportementales de l’animal.

La direction de la recherche et de la valorisation de l’UPEC a rapidement confirmé le potentiel innovant de nos travaux et a procédé à un premier dépôt de brevet, en lien avec le CNRS et sa filiale de valorisation FIST.

Cette découverte ouvre aujourd’hui la porte à des perspectives de dépistage précoce, de prévention et de guérison, de la maladie d’Alzheimer.

Votre technologie, qui a fait l’objet de brevets internationaux, a-t-elle suscité l’intérêt de partenaires industriels ?
Dès les premiers mois après le dépôt de la demande de brevet, plusieurs grands groupes pharmaceutiques ont manifesté leur intérêt pour notre invention. L’un d’entre eux, présent dans le « Top 5 » des laboratoires pharmaceutiques, est entré en discussion avancée avec nous dès le début de l’année 2012. Mais nous devons encore avancer sur le développement de notre technologie, avant de pouvoir signer un accord de licence ! Enfin, un autre grand laboratoire pharmaceutique montre un fort intérêt sur les résultats de nos recherches, au-delà de la technologie brevetée.

La SATT IDF Innov assure désormais le développement et la valorisation de votre invention avec les équipes de l’UPEC. En quoi cela consiste-t-il ?
L’implication de la SATT dans ce projet est pour nous très importante. La SATT finance la maturation du projet et le développement de la preuve de concept. Cela a permis l’achat d’un modèle animal qui n’existait pas en France, le recrutement de personnes qui travaillent aujourd’hui sur le projet et la prise en charge des coûts de fonctionnement. Cette maturation a également permis d’augmenter l’implication et l’intérêt du laboratoire pharmaceutique qui participe maintenant au comité de suivi et a d’ailleurs signé une lettre d’intention ouvrant la voie à une future concession de licence. Scientifiquement, cela nous permet aussi de bénéficier de l’expertise d’un des leaders de l’industrie pharmaceutique pour avancer sur le développement de l’invention. Nous travaillons en synergie avec l’équipe de la direction de la recherche et de la valorisation de l’UPEC, la SATT et l’industriel. L’accompagnement de la SATT et de la DRV dans cette étape nous rassure et nous apporte du pragmatisme. D’une façon générale, les scientifiques en ont parfois besoin !

Cette maturation a-t-elle aussi eu un intérêt sur le plan scientifique ?
« Maturation » ne veut pas seulement dire financement de projet. Nous avons des objectifs précis à atteindre comme le fait d’avancer sur la mécanistique de nos observations. Alors, oui la maturation a un intérêt sur le plan scientifique. L’accompagnement dont nous disposons nous offre la possibilité de cadrer nos travaux de recherche mais ne nous prive pas de créativité ! Cela nous permet de nous investir dans une double démarche de recherche : celle de voir les résultats concrets de nos recherches aboutir, pour un jour arriver chez le malade, et celle de développer de nouvelles connaissances pour le bénéfice de la communauté scientifique.

Vous venez d’être lauréate du prix France Alzheimer, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
C’est un prix important qui nous permettra de bénéficier de moyens supplémentaires pour nos recherches. Mais c’est surtout une reconnaissance de nos travaux par une association qui regroupe non seulement les professionnels de santé et les familles de malades mais également des spécialistes de la recherche sur cette pathologie. La sélection de notre projet acte d’une certaine manière notre entrée dans cette communauté, ce qui est extrêmement valorisant pour tous les membres de mon équipe au vu des efforts qu’ils ont fournis et continuent à fournir, et en plus est prometteur pour l’activité du laboratoire.

Que retenez-vous de cette expérience de valorisation ?
Cette expérience est très enrichissante. C’est l’aboutissement d’un long parcours de recherche dans le domaine de la glycobiologie de la part de tous les membres de l’équipe avec une démarche plus ciblée dans le domaine de la glyco-neurobiologie qui concerne aujourd’hui une partie de cette équipe. Le reste du groupe travaille également sur d’autres pistes originales et prometteuses en glycobiologie dont vous allez j’espère entendre parler prochainement.

Nous avons un objectif commun au laboratoire : voir nos recherches atteindre un jour le malade. Ce sera pour nous le résultat de cette démarche de valorisation. Nous sommes aujourd’hui reconnus par l’association savante France Alzheimer, nos travaux de recherche sont reconnus par la communauté scientifique des neurobiologistes et des collaborations y compris internationales se développent. C’est très important pour le rayonnement du laboratoire tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Pour faire évoluer la recherche nous avons besoin de moyens. Je souhaite que cette expérience nous permette de financer de nouveaux projets de recherche. Depuis que nous nous sommes lancés dans cette aventure, de nombreuses personnes se sont investies dans le développement de ces travaux. L’UPEC, et la DRV nous ont fortement soutenus et nous sommes ravis d’avancer ensemble dans nos recherches.

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La SATT idfinnov et le service de valorisation de l’UPEC sont à votre service.
Plus d’informations sur www.idfinnov.com
Contact : yann.schneider@u-pec.fr (santé) - vanyna.golabkan@u-pec.fr (environnement)