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Je n’aime pas mon corps

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Recherche, Santé

Actualités scientifiques

Le 4 décembre 2017

Article d'Antoine Pelissolo, Professeur de psychiatrie à l'UPEC, publié sur The Conversation France

Je n’aime pas mon corps

« Je n’ai rien contre les psys, et pour cause ! » écrit notre auteur, professeur de psychiatrie, en préambule de son livre Vous êtes votre meilleur psy ! (éditions Flammarion). Il a rassemblé dans cet ouvrage des principes dont l’efficacité est scientifiquement reconnue et que l’on peut appliquer par soi-même pour surmonter certaines difficultés. L’extrait que nous publions ci-dessous porte sur l’acceptation de son corps.

« Je n’aime pas mon nez », « Je n’aime pas mes jambes », « Je n’aime pas mes cheveux », « Je n’aime pas ma silhouette ». Les motifs d’insatisfaction corporelle sont infinis, au moins aussi nombreux que les parties de notre corps et que nos exigences à leur sujet.

Très peu de gens sont pleinement (et définitivement !) heureux de leur corps, et c’est même assez louche en général… Le degré d’insatisfaction, et surtout de souffrance liée à cette insatisfaction, est variable d’une personne à l’autre. Parfois tout à fait modéré et acceptable, il peut être extrêmement violent et insupportable. Si les petits complexes sont courants et bénins, les plus sérieux peuvent devenir pathologiques car obsédants, angoissants, voire handicapants au quotidien. On parle en médecine de « dysmorphophobie » : l’impression ou la conviction, exagérée ou fausse, d’une disgrâce physique majeure devient envahissante et très douloureuse.

Heureusement, ces obsessions sont modifiables. Retrouver une relation plus apaisée avec son corps est tout à fait possible.

La subjectivité par excellence

La représentation que nous avons de notre corps n’est pas du tout celle d’un objet banal. Elle vient d’un mélange complexe et intime de notre perception visuelle, forcément biaisée car non extérieure à soi, de nos perceptions sensorielles, de notre imaginaire conscient et inconscient, et également de ce que nous projetons dans le regard de l’autre car notre corps y est en permanence exposé. De nombreuses émotions peuvent être associées à cette représentation, complexes et subtiles, et elles peuvent aussi varier grandement dans le temps. Ces émotions peuvent être positives (satisfaction, fierté, plaisir, etc.), mais aussi – fréquemment – négatives vis‑à-vis de soi-même, avec un certain inconfort qui peut aller jusqu’à un dégoût très intense ; vis‑à-vis des autres, avec une gêne plus ou moins forte ou une véritable honte.

La représentation que nous avons de notre corps et les émotions associées varient dans le temps. Larm Rmah/Unsplah, CC BY


Le jugement porté sur son propre corps n’est jamais objectif ni fondé sur des critères uniquement esthétiques. Non, il se nourrit de toutes nos émotions intimes, de notre histoire personnelle, et beaucoup de l’estime que l’on se porte à soi-même et que l’on a reçue, ou pas, des autres. L’environnement social et culturel joue aussi un rôle important, en particulier aujourd’hui, où l’image et l’apparence physique sont tellement valorisées.

Ces défauts que les autres ne voient pas

Parmi les motifs d’insatisfaction les plus fréquents figurent bien sûr le poids et l’apparence de la silhouette. Se trouver « trop » gros ou grosse est un sentiment banal que beaucoup ont rencontré un jour. Plus exceptionnellement, certains se trouvent trop maigres, ou en tout cas pas assez musclés, une plainte de plus en plus fréquente chez les garçons et les hommes de nos jours.

Tous les degrés de préoccupation sont possibles. On peut considérer que l’insatisfaction devient anormale quand elle dure dans le temps, quand elle perturbe l’esprit et fait émerger un ressenti pénible, et quand elle altère certains comportements : ne pas pouvoir s’habiller comme on le souhaiterait, ne pas avoir les activités voulues (piscine, sport, autres sorties, etc.), et modifier de manière excessive son alimentation.

Les cas extrêmes – les personnes souffrant d’anorexie mentale ou d’autres troubles du comportement alimentaire – s’expliquent par une perturbation de l’image du corps ; les conduites de restriction exagérées ou de régimes drastiques à répétition – moins graves – sont aussi sous-tendues par ce type de préoccupation corporelle.

Les autres complexes physiques et objets de dysmorphophobies courants concernent l’apparence d’une partie du corps (surtout le nez, les oreilles, le front, les cuisses ou les fesses), considérées comme laide ou anormale. La peau est aussi un sujet de préoccupation très important pour de nombreuses personnes, des femmes surtout. C’est par exemple l’impression d’avoir une couleur ou une surface de peau disgracieuse, ou bien des boutons ou d’autres rougeurs fortement dérangeantes. Dans chaque cas, peu importe finalement qu’il existe ou non un réel défaut physique sous-jacent. L’excès de préoccupation se traduit par un inconfort intense et par une attention trop souvent fixée sur le problème supposé.

Si vous passez beaucoup de temps à surveiller votre apparence, à scruter votre image dans le miroir, à vous comparer aux autres ou à poser des questions à vos proches sur ce qu’ils en pensent, cela va un peu trop loin. Il en est de même si vous passez beaucoup de temps à essayer de masquer ou de corriger les défauts supposés de manière artificielle ou si vous évitez des situations qui vous dérangent, comme vous faire prendre en photo, mettre des tenues peu couvrantes, ou tout simplement vous exposer au regard des autres.

Passer beaucoup de temps à surveiller son image traduit un excès de préoccupation corporelle. Ali Marel/Unsplash, CC BY
Zoom arrière au lieu de zoom avant

Pour des changements à long terme, interrogez-vous d’abord sur les causes profondes de vos complexes. Essayez de travailler en particulier sur des souvenirs douloureux, sur l’estime que vous avez de vous-même, ou encore sur votre perfectionnisme, à l’aide des chapitres précédents.

Des changements plus concrets, centrés sur les préoccupations physiques dont vous souffrez, peuvent aussi être réalisés et donner de bons résultats à court ou moyen terme.

La première étape indispensable est de faire la paix avec votre corps. Pour cela, considérez-le de manière globale, sans vous focaliser sur une seule partie ou un seul aspect. Plutôt que de zoomer en permanence sur le défaut perçu, pour le surveiller, le comparer, ou aussi pour éviter de le voir, procédez à un « zoom arrière » vous acceptant en entier tel que vous êtes. Il ne s’agit pas de chercher à oublier totalement le détail qui vous préoccupe, ce qui serait irréaliste, mais de l’intégrer à un ensemble plus large, votre propre personne, avec toutes les qualités que vous pouvez vous attribuer. Vous réapproprier votre corps, et vous sentir bien avec lui. Selon ce que vous aimez et êtes en capacité de faire (marcher, courir, danser, faire du yoga, etc.), votre corps peut devenir une source de plaisirs et de confiance en vous. Cette prise de conscience et cette rencontre positive pourront se substituer progressivement à l’obsession de vos défauts supposés.

Comme un exercice, regardez-vous régulièrement dans un miroir ou sur des photos ou des vidéos en vous efforçant d’avoir une vision globale – et non-focale sur la partie qui vous préoccupe. Cet exercice, anxiogène au début, deviendra progressivement plus facile. Vous pouvez en même temps vous rappeler tout ce que vous aimez en vous et ce que les autres semblent apprécier (votre taille, votre sourire, vos cheveux, votre énergie, etc.). L’idée est d’associer à votre image des sentiments plus positifs pour « occuper le terrain » contre les pensées négatives qui risquent de s’y accrocher comme un Velcro si vous n’y prenez garde !

Il faut aussi tout bonnement vous réhabituer à voir votre propre corps. Chez vous, quand vous le pouvez, n’hésitez pas à rester en « petite tenue » plus longtemps que d’habitude et à poursuivre ainsi normalement vos occupations sans fuir les miroirs que vous pourriez croiser. Il ne faut plus que vous soyez surpris et dérangé par votre image quand vous y serez confronté à l’improviste à l’extérieur, dans le reflet d’une vitre, ou en photo.

Osez vous montrer

Le deuxième type d’exercice à réaliser consiste à ne plus vous cacher. Ce qui demande un effort de volonté. Votre tendance naturelle est plus probablement de dissimuler la ou les parties qui vous dérangent, pour ne pas risquer d’attirer l’attention et donc les jugements sur votre point sensible. Vous obtenez, certes, un sentiment de soulagement sur le moment, mais plus vous vous cacherez, plus vous accentuerez votre gêne ou votre honte à long terme.

Osez vous montrer tel que vous êtes, sans ostentation particulière mais sans dissimulation artificielle non plus. Ceci réduira votre anxiété, par habituation, et limitera vos obsessions en laissant votre esprit disponible pour tout autre sujet d’intérêt.

Pour chacune des parties du corps qui vous gênent, repérez les stratégies de dissimulation que vous utilisez, et supprimez-les progressivement :

Conseils tirés du livre Vous êtes votre meilleur psy d’Antoine Pelissolo (Éditions Flammarion). Freepik/Flaticon, CC BY


Plus vous vous exposerez de manière volontaire aux yeux des autres, plus vous pourrez vous accepter tel que vous êtes, en tant que personne digne d’intérêt dans sa globalité.

Des exercices de « défilé de mode » sont très utiles pour cela. Seul d’abord, puis avec des amis de confiance. Marchez comme un mannequin, suffisamment longtemps pour vous y habituer (après un premier temps de gêne ou d’amusement inhérent à cette situation évidemment artificielle). Habituez-vous à être observé, scruté et donc admiré ! De même, confrontez-vous aux appareils photo et aux prises de vidéos, ce qui mobilisera la crainte profonde de s’exposer sans protection, et surtout de produire une image de soi qu’on ne maîtrise plus. Des séances de « shooting » vraiment prolongées (au moins quinze minutes) et répétées, seul puis si possible avec l’aide de complices informés de vos objectifs, vous aideront vraiment pour la mise à distance de vos complexes. Et vous pourrez les compléter par une nouvelle désensibilisation en contemplant ensuite les photos et vidéos !

> Lire la suite de l'article sur The Conversation.

Antoine Pelissolo, Professeur de psychiatrie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

mise à jour le 5 décembre 2017

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