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Parcoursup : premiers retours sur les dispositifs d’aide à la réussite

Publié le 25 mars 2019

Article rédigé avec la participation de Christophe Morin, maître de conférences en biochimie et Chargé de mission Projet PULSE à l'UPEC publié sur The Conversation France.

The conversation - article du 25 mars Parcoursup
The conversation - article du 25 mars Parcoursup
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le 25 mars 2019

Parcoursup est la plate-forme d’orientation et de candidature des lycéens vers l’enseignement supérieur qui a remplacé le site Admissions Post-Bac en 2018. Pour cette deuxième saison d’utilisation, il nous semble important de revenir sur l’une des nouveautés apportées par la procédure : les dispositifs d’accompagnement proposés aux étudiants auxquels les universités ont répondu « Oui, si » lors de la phase de candidature.

Cette admission sous condition supposait que les nouveaux arrivants, dont le niveau était jugé un peu juste par rapport aux exigences et attendus de la licence visée, devraient suivre un parcours spécifique ou personnalisé, intégrant un tutorat, des modules de renforcement, ou les deux. Comment les universités ont-elles aménagé les cursus en ce sens ?

La récente enquête que nous avons menée dans le cadre de notre association Promosciences a mis en évidence de fortes différences de stratégies en fonction des publics concernés, des objectifs et des ressources à disposition (humaines, logistiques, numériques…).

Valoriser les mentors

Afin d’élaborer et ensuite déployer ces dispositifs d’accompagnement, il est essentiel d’engager et de motiver les enseignants, les enseignants chercheurs et même les étudiants tuteurs ou mentors.

Il est à noter que si la valorisation de l’implication des étudiants mentors peut être effectuée par le biais d’emplois étudiants associés à une reconnaissance de leur engagement, il est important que ces tuteurs ou mentors soient également formés et accompagnés par les équipes pédagogiques. C’est bien ici tout un écosystème qui doit être mis en place dans chaque composante, ou établissement, pour tendre vers une amélioration de la réussite des étudiants. Celle-ci ne doit d’ailleurs pas être considérée uniquement comme « scolaire » mais bien aussi comme personnelle.

De la même façon, les enseignants intervenant dans ces dispositifs pédagogiques d’accompagnement pour la réussite doivent être formés, et leur engagement valorisé par des progressions dans leur carrière. La demande va bien au-delà de la simple prise en considération d’heures complémentaires, d’autant plus que, pour ces nouvelles approches pédagogiques, les temps de médiation et d’accompagnement des étudiants nécessitent un investissement et des compétences jusque-là négligées par le système.

Des étudiants acteurs

Les noms et les articulations de ces parcours accompagnés « Oui-Si » avec les parcours classiques doivent être choisis avec pertinence, de sorte à ne pas stigmatiser les étudiants qui les suivent.

En dehors des transformations portant sur les cursus – étalement de la première année sur deux ans, ou ajout d’heures d’enseignements complémentaires de « remise à niveau » sur la première année de licence – la préoccupation majeure de toutes les équipes porteuses des dispositifs d’accompagnement est de rendre l’étudiant acteur de ses apprentissages. Cela s’organise généralement au travers de pédagogies dites « actives », par projet ou par problème, qui privilégient les situations authentiques d’investigation et facilitent les interactions entre pairs.

Toutefois, les stratégies mises en œuvre pour atteindre cet objectif, et in fine accompagner les jeunes dans l’appropriation de leur nouveau métier d’étudiant, diffèrent d’une formation à une autre, d’un établissement à un autre. Les enseignements de méthodologie du travail universitaire ont montré toute leur importance, mais semblent également avoir des limites (tout au moins dans leur forme classique), s’agissant de leur capacité à engager les étudiants dans une dynamique de réussite.

Le tutorat est un outil difficile à gérer, car souvent imaginé sans l’appui des moyens de communication les plus utilisés par les jeunes. Au contraire, l’enseignement et l’accompagnement par les pairs (majoritairement des étudiants de L3 ou de master) pour les apprentissages disciplinaires, mais aussi pour donner des conseils sur les méthodes de travail et les stratégies d’apprentissage, semblent relativement pertinents.

Dans ce cadre, l’accent mis sur l’acquisition par l’étudiant de compétences transversales de communication, d’expression écrite ou orale est clairement l’un des axes au centre de la grande majorité des dispositifs d’accompagnement mis en œuvre.

Des résultats à confirmer

Pour la communauté universitaire, sans ces pratiques pédagogiques renouvelées, sans un étalement des enseignements de la première ou des deux premières années sur un temps plus long, permettant un meilleur rythme d’apprentissage de l’étudiant grâce à la mise en œuvre du contrat pédagogique pour la réussite étudiante, la réforme semblerait vouée à un échec quasi certain – ou tout du moins, aurait-elle une portée limitée comme le « Plan pluriannuel pour la réussite en licence » en son temps. Le simple ajout d’heures de « renforcement » au programme est d’ailleurs clairement identifié comme non pertinent pour la réussite des étudiants.

Les analyses des premiers résultats en cours, à l’issue de ce premier semestre d’expérimentation de ces parcours accompagnés, montrent que certains dispositifs ont un réel intérêt pour la réussite des étudiants, avec en particulier une meilleure persévérance dans les études et une certaine amélioration des notes, tandis que d’autres n’obtiennent pas l’adhésion des étudiants.

Les équipes pédagogiques impliquées dans ces parcours accompagnés ont clairement adopté une démarche scientifique : conception et expérimentation de nouveaux dispositifs, suivies par une évaluation de l’impact sur les apprentissages et la réussite. Cependant, si un premier aperçu de cet impact sur la réussite des étudiants est possible en fin d’année universitaire, il faudra encore deux à trois ans de suivi pour réellement mesurer l’efficacité de ce qui a été mis en place.

Malgré cela, après une année d’expérimentation, les échanges dans les réseaux professionnels, entre collègues de différents établissements, devraient permettre de remodeler certains parcours, pour pallier certains défauts déjà identifiés en s’inspirant des bonnes pratiques d’autres parcours. Et c’est bien là le point le plus important pour les futurs bacheliers.The Conversation

Christophe Morin, Maître de conférences en Biochimie, Vice-doyen à la pédagogie ; Président de PROMOSCIENCES, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC); Claire Darraud, Associate professor, Université de Limoges; Corinne Kolinsky, Maître de conférence en Physique, Université Littoral Côte d'Opale et Michel Evain, Chair professor, Université de Nantes

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.