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Comment l’école suédoise en découd avec Blanche-Neige

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Actualités scientifiques

Le 21 décembre 2016

Article de Gabrielle Richard, Chercheur à l'UPEC, publié sur The Conversation France

Comment l’école suédoise en découd avec Blanche-Neige

À l’école maternelle Nicolaigarden de Stockholm, les professeurs ne lisent pas Blanche Neige et les Sept Nains à leurs élèves. À la place du conte des frères Grimm, la bibliothèque est pleine de livres qui mettent en valeur une grande diversité de héros et de modèles familiaux (y compris des familles mono ou homoparentales, ou encore des familles où les enfants sont adoptés).

Parmi ces livres, il y a par exemple Encore une girafe, qui raconte l’histoire de deux girafes qui s’occupent d’un œuf de crocodile abandonné, ou encore Kivi et Monsterdog, dont le protagoniste (Kivi) est un enfant dont le genre n’est jamais spécifié. L’objectif, ici, est de montrer une version plus réaliste et plus nuancée du monde dans lequel vivent les enfants et d’éviter les représentations qui reproduisent les stéréotypes de genre.

Le genre de Kivi n’est pas spécifié dans l’histoire. S.B. Rights Agency

Ces histoires contrastent vivement avec les classiques de la littérature enfantine, comme Blanche-Neige et les Sept Nains, dont les représentations des femmes – et dans une moindre mesure, des hommes- ont récemment fait l’objet d’un examen minutieux. L’héroïne y est particulièrement naïve (elle se fait piéger deux fois par sa belle-mère) et manque de personnalité (ce sont les nains qui lui dictent sa conduite), tandis que la méchante marâtre est obsédée par son apparence.

Le Prince Charmant, quant à lui, vole au secours de sa future femme au tout dernier moment. Il n’est de toute évidence attiré que par son apparence physique, puisque, forcément, elle semble morte la première fois qu’il la voit.

À l’école Nicolaigarden, les professeurs ne se contentent pas d’éviter les histoires comme celle de Blanche-Neige. Comme quatre autres établissements suédois, cette école a complètement repensé son approche pédagogique afin d’assurer la plus grande égalité possible entre les sexes. Egalia, sans doute l’école la plus connue de toutes, a fait l’objet de nombreux reportages ces dernières années.

Egalia a été présentée dans de nombreux documentaires.

La pédagogie neutre est la dernière tendance dans la lutte contre les stéréotypes de genre en éducation, en continuité avec d’autres initiatives telles que les écoles non mixtes. Et en termes d’égalité des sexes en éducation, il semble que nous ayons beaucoup à apprendre des pays scandinaves.

Le modèle scandinave

La Suède est régulièrement classée parmi les pays les plus égalitaires du monde, au même titre que ses voisins scandinaves. Selon le rapport Global Gender Gap 2016 du Forum économique mondial, l’Islande, la Finlande, la Norvège et la Suède sont les pays qui parviennent le mieux à réduire le fossé qui sépare les hommes et les femmes en termes d’égalité sur le plan de l’éducation, de la santé, de l’économie et de la politique.

À l’école Egalia, les professeurs appliquent un modèle d’éducation non genré. Egalia

Bien que certains mettent en doute leur capacité réelle d’inclusion sociale, le succès des pays scandinaves en matière d’égalité des sexes est lié à l’efficacité des politiques publiques qui ont pris cette question à bras-le-corps.

En Suède, par exemple, les amendements de 1998 à la loi sur l’éducation demandaient aux écoles d’appliquer des directives éducatives en faveur de l’égalité des sexes. Selon ces amendements, il est de la responsabilité de l’école de donner des chances égales aux enfants, indépendamment de leur sexe, de lutter contre toute forme de discrimination fondée sur le sexe et de « contrecarrer les modèles traditionnels de genre ».

Afin de mettre en œuvre ces directives, les enseignants de Nicolaigarden ont filmé leurs interactions avec leurs élèves de six ans. Ils se sont rapidement aperçus qu’ils se comportaient différemment avec les garçons et avec les filles.

Un petit garçon s’occupe de sa poupée. Ms.Melissa, CC BY-SA

A la récréation, ils laissaient les garçons se ruer dans la cour, tandis qu’ils demandaient aux filles d’attendre patiemment qu’on les aide à fermer leurs manteaux. Ils passaient plus de temps à réconforter les filles qui s’étaient fait mal, mais exhortaient les garçons dans la même situation à « retourner jouer ». Ces découvertes furent une vraie prise de conscience pour les enseignants, qui se considéraient comme des partisans de l’égalité entre les sexes.

Sous la direction de Lotta Rajalin, le personnel de l’école de Nicolaigarden a développé une pédagogie neutre en matière de genre, pour éviter aux enfants de se sentir limités par les attentes de genre.

Tous les élèves ont ainsi un accès équivalent à une même variété de jeux, de jouets et de costumes, dans un même espace. Les livres de la bibliothèque présentent la même proportion de héros que d’héroïnes « fortes ». Et grâce à la discrimination positive à l’embauche, Nicolaigarden compte jusqu’à 30 % de personnel masculin, soit la proportion d’hommes la plus élevée de toutes les maternelles du pays.

Le pronom suédois « hen » est adopté par certaines écoles ayant adopté une pédagogie neutre sur le plan du genre. Myskoxen, CC BY

Les écoles tentent également d’utiliser un langage neutre, afin d’éviter la qualification par le genre quand elle n’est pas nécessaire. Le pronom « hen » – une alternative non genrée à « hon » (elle) et « han » (il) – est l’une des nombreuses façons de se référer aux enfants. On privilégie aussi le mot « amis », ou plus simplement le prénom des enfants interpellés. D’autres écoles maternelles de Stockholm ont également adopté ces lignes directrices.

Mais le modèle scandinave d’égalité des sexes à l’école ne se limite ni aux initiatives en faveur de la neutralité de genre) adoptées par Nicolaigarden ou Egalia, ni aux jeunes enfants.

Constructions de genre

Le programme « L’usine à machos » (Machofabriken) propose aux écoles et aux associations une formation destinée aux jeunes de 13 à 25 ans. Son objectif est de les aider à interroger les normes de genre en vigueur et de rompre l’association systématique entre masculinité et violence.

«På golvet», un court-métrage pour casser les stéréotypes de genre.

Le programme de formation se fonde sur la diffusion de 17 courts métrages offrant aux participants et aux éducateurs une base de discussion au sujet du modèle de masculinité hégémonique.

Le court métrage På golvet (Sur le sol) est présenté au tout début de la formation. Les boîtes représentées dans le film sont une métaphore des attentes de la société quant à la façon dont les hommes devraient se comporter.

Comme l’adolescent du court-métrage, les adolescents ont tendance à adopter les attentes de genre qui les ciblent sans penser à les remettre en question ; bref, à s’enfermer eux-mêmes dans des conceptions de la masculinité ou de la féminité qu’ils n’ont pas forcément choisies. En mettant en évidence la construction sociale de la masculinité, « Machofabriken » offre aux adolescents les outils pour s’interroger sur les moyens de limiter l’emprise des normes dominantes de genre.


> Lire la suite de l'article sur The Conversation.

mise à jour le 4 janvier 2017

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